Investissement étranger

Contexte

Le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Renato Ruggiero, comparait en ces termes les négociations autour d'accords internationaux sur les investissements : «Nous écrivons la Constitution d'une économie mondiale unifiée». En effet, les règles sur l'investissement inscrites à l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) et au projet d'Accord multilatéral sur l'investissement (AMI) ressemblent à des constitutions délimitant ce que les gouvernements peuvent et ne peuvent pas faire

Aussi bien l'ALÉNA que le projet de l'AMI partent du principe du «traitement national» qui veut que les investisseurs étrangers bénéficient d'un «traitement non moins favorable» que les entreprises nationales. Même si les négociations autour de l'AMI dans le cadre de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) semblent aujourd'hui dans une impasse, on entend de toute évidence utiliser le texte du projet comme point de départ pour la rédaction du chapitre sur l'investissement qui fera partie de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA). Les promoteurs de l'AMI cherchent aussi à intégrer ses dispositions dans une prochaine révision du code de Mesures concernant les investissements liées au commerce (Trade-Related Investment Measures ou TRIMs, en anglais), sous l'égide de l'OMC..

Tous ces accords sur l'investissement affichent un parti pris évident en faveur de la libre circulation maximale des investisseurs transnationaux partout autour du globe, avec un minimum d'entraves de la part des gouvernements nationaux ou des organismes de réglementation internationale.

Dans ce chapitre, nous présentons une contre-proposition pour un code d'investissement s'appuyant sur des principes fondamentalement différents de ceux que l'on retrouve dans l'AMI et l'ALÉNA.

Principes directeurs:

Objectifs spécifiques:

La réglementation des investissements ne doit pas se traduire par l'imposition de contrôles indus sur les investisseurs ou par la mise en place de protections pour les industries inefficientes. Préférablement, cette réglementation doit orienter l'investissement et créer les conditions qui lui permettront de satisfaire les objectifs de développement national, tout en réalisant des bénéfices raisonnables.

Les pouvoirs publics doivent avoir le pouvoir :

Prescriptions de résultats

Les prescriptions de résultats ne constituent pas nécessairement des mesures protectionnistes. Il s'agirait plutôt d'un moyen par lequel les pays hôtes obtiennent une part des bénéfices de l'investissement des sociétés. L'interdiction des prescriptions de résultats inscrite à l'ALÉNA et à l'AMI empêche les collectivités nationale et locales de mettre en place des politiques de développement économique qui tirent profit des investissements pour le bénéfice des gens ordinaires.

Les pouvoirs publics doivent avoir le pouvoir d'imposer des prescriptions de résultats aux investisseurs de telle sorte qu'ils soient en mesure d'atteindre les objectifs suivants :

Règlement des différends

Les groupes de citoyennes et de citoyens, les peuples autochtones, les organismes de développement communautaire local et tous les paliers de gouvernement doivent avoir le droit de poursuivre les investisseurs pour toute violation de ce code d'investissement. L'ensemble des procédures judiciaires ou quasi judiciaires, comme l'arbitrage, doivent être entièrement transparents et ouverts à l'examen du public. Une aide financière aux intervenants doit être disponible pour les groupes comme ceux des communautés autochtones et les groupes environnementaux pour leur permettre de participer aux instances légales.

Expropriation

L'expropriation de l'avoir des sociétés pour servir les intérêts essentiels des collectivités doit être autorisée. Le droit national en vigueur doit déterminer l'indemnisation à verser pour expropriation des ressources, en tenant compte de la valeur de départ de l'investissement étranger, de l'évaluation des titres pour fins fiscales et de la somme des richesses tirées du pays pour la durée de l'investissement. Les investisseurs doivent avoir le droit d'en appeler devant les tribunaux du pays dans les cas où ceux-ci jugent l'indemnisation insuffisante. L'appel aux tribunaux internationaux ne doit survenir qu'après épuisement des recours dans le pays d'origine.

Finance internationale