Mécanismes d'exécution et règlement des différends
Contexte
Les règles et les normes proposées dans le présent document tendent à régir
la conduite des nations, des compagnies et des particuliers qui font des affaires
sur le continent. On y trouve des règles précises qui s'appliquent aux investisseurs
et aux institutions financières. Ces règles garantissent les normes de qualité
environnementales et l'utilisation judicieuse des ressources énergétiques et
naturelles, en plus d'expliciter les droits des travailleuses et des travailleurs,
des femmes, des peuples autochtones, des peuples de race noire et les droits
humains fondamentaux de toutes les populations.
Pour que ces règles et ces normes aient la moindre portée, il est indispensable
que des mécanismes de règlement des différends et de puissantes mesures d'exécution
des règles fassent partie des ententes. Toutefois, la formulation de ces mécanismes
et de ces mesures pose des problèmes complexes. Il en découle que la formulation
précise de ces dispositions implique une démarche qui déborde le cadre du présent
document. Des discussions soutenues dans un cadre plurinational seront nécessaires
pour régler les dispositions finales d'une telle mécanique. Ce dernier chapitre
entend offrir un point de départ pour de telles discussions. On y trouve quelques
principes généraux abordés lors du Sommet populaire pouvant servir de base à
des discussions futures qui mèneront à des règles plus précises et à une mécanique
d'exécution. Ces principes font état du consensus à l'effet que les mécanismes
de règlement des différends et les mesures d'exécution doivent s'attacher à
la tâche de réduire les inégalités, tout en s'appuyant sur des procédures équitables
et démocratiques. Ce chapitre soulève également la question de savoir si les
ententes doivent prévoir des mesures de protection pour les pays en difficulté
du fait d'une augmentation soudaine des importations.
Principe global:
Les droits du travail et les droits humains, de même que les mesures de contrôle
de la qualité environnementale, ne peuvent venir s'apposer timidement au sein
des ententes économiques, sous la forme d'ententes parallèles chétives ou simplement
par l'ajout d'une clause sociale. Il faut que ceux-ci fasse partie intégrante
des ententes elles-mêmes.
Questions D'Équité au Plan International
Principes directeurs:
L'objectif primordial de l'application des règles abordées dans ce document
et des mesures d'exécution qui s'y rattachent doit être celui de réduire les
écarts entre les nations sur le plan du développement, par le biais d'un processus
grâce auquel l'ensemble des normes s'harmoniseront à la hausse. Pareil processus
doit prendre en compte les différents niveaux de développement lorsque vient
le temps d'établir :
- les conditions d'utilisation des mesures de protection ou autres mesures
d'urgence
- les règles concernant l'application de mesures de contrôle des mouvements
de capitaux, des normes de rendement et des limites aux droits de propriété
intellectuelle
- les échéanciers de mise en œuvre des règles et des normes proposées dans
ce document.
Les nations moins industrialisées ne doivent pas nécessairement être assujetties
aux mêmes normes que les nations plus industrialisées, en autant que leurs mesures
servent à réduire le déséquilibre qui sévit actuellement entre les nations.
Objectifs spécifiques:
- · Au chapitre des normes, il se trouve certains droits fondamentaux dont
la définition est universelle et qui ne sauraient varier selon les niveaux
de développement. Les règles de l'Organisation internationale du Travail (OIT)
qui confèrent un statut universel semblable à la liberté d'association nous
en offre un exemple. Une première tâche serait celle de déterminer quelles
sont les normes et les règles traitées dans ce document que l'on pourrait
considérer comme faisant partie des droits humains universels.
- · D'autres normes comme celle du salaire minimum pourraient varier selon
les niveaux de développement. Une deuxième tâche serait celle d'identifier
de telles normes en termes généraux et de les définir de telle façon qu'elles
puissent trouver une application au plan régional. Par exemple, il serait
possible de définir des normes relatives au salaire minimum en des termes
qui parlent d'un revenu nécessaire pour éviter la pauvreté, «le minimum vital».
Le chiffre précis pourrait ensuite varier d'un pays à l'autre
- · Dans certains cas, le processus de développement lui-même peut engendrer
des situations pénibles en raison des bouleversements imputables à la réaffectation
des ressources et au fait que plusieurs perdent leur emploi. Dans cette éventualité,
le développement par l'intégration économique doit s'assortir de mesures compensatoires
pour les «perdants». Ainsi, une partie de la démarche vers l'élaboration d'une
entente de développement continental passe nécessairement par la création
de programmes d'aide à l'ajustement. Dans les pays plus industrialisés, l'aide
peut être puisée à même l'assiette fiscale générale, dans les pays moins industrialisés,
une institution plurinationale sera nécessaire pour administrer cette aide.
- · Des mesures spécifiques devront être mises au point afin d'éviter que
les règles de protection ne s'appliquent au détriment de d'autres nations.
Les mesures de protection ou «clauses dérogatoires» sont conçues pour permettre
à certains pays d'obtenir un répit lorsqu'une augmentation soudaine des importations
vient réduire son rendement ou sa production, fait perdre des emplois ou est
autrement préjudiciable à une industrie intérieure. Ces mesures permettent
à un pays de restreindre temporairement les importations pour permettre aux
industries nationales de souffler lorsque celles-ce se trouvent en trop mauvaise
posture du fait d'une hausse subite des importations. En revanche, il importe
de dissuader les pays industrialisés de recourir aux mesures d'urgence de
manière qui va à l'encontre de l'objectif de réduire les écarts de développement
sur le continent
- · Enfin, les nations qui ne disposent pas des ressources suffisantes pour
mettre les règles à exécution doivent recevoir des fonds à cet effet. Ce financement
peut utiliser les mêmes mécanismes que ceux qui sont prévus dans le cas de
l'aide compensatoire pour bouleversement.
Exécution et Sanctions
Principes Directeurs:
Un aspect indispensable du processus d'exécution et d'imposition de sanctions
pour non-respect des règles repose sur la mise en place d'une procédure démocratique
et ouverte. Des mesures spécifiques doivent être élaborées pour garantir la
transparence et une représentation adéquate de la société civile.
Quelques Questions Clés:
- Le lieu d'arbitrage est la première question. De manière générale, cette
procédure devrait être du ressort des gouvernements nationaux. Ce n'est qu'après
épuisement de cette instance que le recours à l'arbitrage international devrait
s'engager. De plus amples discussions devront déterminer la composition de
ce lieu d'arbitrage international
- Cette question nous amène à celle de la représentativité, qui elle aussi
présente certaines difficultés. Les entreprises et le mouvement syndical ont
tous deux des organisations bien établies à partir desquelles une délégation
peut être mandatée. Sauf qu'aucune entité semblable n'existe pour représenter
toutes les organisations environnementales ou les diverses autres ONG intéressées
par une procédure de ce type. Il faudra donc s'efforcer de mettre sur pied
des institutions représentatives pour de tels intérêts.
Objectifs spécifiques:
- Le respect des règles et des normes adoptées doit être un préalable à la
participation aussi bien des États que des entreprises à toute entente continentale.
Il est donc nécessaire de procéder à un examen des lois et des pratiques des
nations, avant l'octroi du statut de membre. Cette procédure d'examen peut
être menée par un groupe d'experts de différentes nationalités, que pourraient
venir compléter des enquêtes publiques et des audiences sur les recommandations.
Les États qui ne se conforment pas à l'entente pourraient être placés en période
de probation et un plan de conformité pourrait alors être dressé.
- On devra aussi établir un processus continu de vérification des entreprises
faisant des affaires sur le continent et récoltant ainsi les fruits de l'entente.
De la même façon, on doit prévoir un mécanisme pour traiter les plaintes concernant
les agissements des entreprises. Chaque gouvernement doit assumer la responsabilité
première de mener les vérifications et de répondre aux plaintes. Des dispositions
de financement à l'échelle continentale doivent toutefois être instituées
pour répondre à ce besoin
- Toutes les procédures touchant l'exécution doivent être entièrement transparentes.
Cela implique la consignation par écrit et un accès public aux documents de
toutes les instances et audiences publiques. On doit également prévoir une
procédure d'appel clairement établie. L'entente doit aussi accorder le droit
de comparaître à toutes les parties intéressées par la procédure. Les pouvoir
publics (y compris les administrations locales), les organisations syndicales
et les ONG doivent tous avoir qualité d'intervenant avec pouvoir de formuler
des plaintes s'ils estiment avoir un intérêt dans l'issue des délibérations,
que ce soit au niveau national ou au niveau plurinational
- Les sanctions pour non-respect doivent être imposées tant aux gouvernements
qu'aux entreprises. Avant l'imposition de ces sanctions, on devra donner un
préavis suffisant afin de donner une occasion d'en répondre ou de se conformer.
Des sanctions sévères doivent être prévues pour les entreprises et exécutées
par les gouvernements nationaux.
Conclusion