Résistance no  36  septembre 2006  www.socialiste.qc.ca

éditorial
La légitimité même de la guerre et la manière dont elle a été conduite par Israël sont inacceptables. Les manifestations mondiales de solidarité avec les peuples libanais et palestinien témoignent de la conscientisation des gens à ce sujet. Devant l’intransigeance du premier ministre Harper et le biais des médias occidentaux (qui révèle la convergence entre l’impérialisme et le sionisme), il devient impératif de nuancer les propos mille fois répétés par les interlocuteurs en situation de pouvoir et d’autorité.
Les motifs de l’agression (ou la lecture manichéenne du monde)
D’abord, Israël a invoqué le prétexte de la capture de trois soldats par le Hamas et le Hezbollah pour déclencher son agression. Il s’agit de souligner (alors que les médias ont été plutôt discrets sur cette question) que certains de ces soldats se trouvaient en territoire libanais, où le Hezbollah tente d’assurer une certaine protection à la population contre les attaques historiquement répétées d’Israël. De plus, il s’agit de soldats, qui mettent leur vie au service de leur État et non d’attentats à l’encontre de civils (il est vrai que, compte tenu de l’asymétrie de la guerre entre une puissance armée par les États-Unis et un mouvement local, le Hezbollah a pu utiliser de telles méthodes, qu’il importe de dénoncer, mais en l’occurrence Israël bombarde un pays entier pour la capture de simples soldats hors de son territoire).
La nature du Hezbollah est aussi sujette à controverse. Implanté au Liban depuis l’agression israélienne de 1982, à la fois mouvement communautaire, politique et militaire, le Hezbollah est vu par les uns (les puissances occidentales évidemment) comme un groupe terroriste, alors que les autres (la population locale) le déifie en tant que sauveur et légitime défenseur de la souveraineté du Liban. Ce ne sera pas la première fois que la résistance sera vue comme une offensive terroriste (pensons simplement à la résistance française contre les nazis ou aux mouvements de décolonisation) et que les puissants en monopolisent l’interprétation.
Enfin, Israël évoque le non-respect de la résolution onusienne (1559) sur le désarmement du Hezbollah afin de justifier ses attaques. Plusieurs États, dont le nôtre malheureusement, semblent croire ce motif suffisant pour légitimer l’offensive armée. Approuvent-ils alors de la même manière les attentats palestiniens motivés par la rage d’assister impuissant à une suite ininterrompue de résolutions de l’ONU tombées dans l’oubli? Les résolutions à l’encontre de l’occupation illégale par Israël de territoires palestiniens ou celle plus récente qui dénonce l’érection du mur seraient-elles moins importantes que les résolutions favorables à Israël?
Nous touchons ici à un autre point litigieux, et dont le règlement est loin d’être imminent. Quelle est la légitimité des positions de l’ONU pour des peuples dont la voix compte moins que celles de certains au sein de cette institution? En effet, c’est le Conseil de sécurité qui prend seul les décisions à caractère militaire (et donc efficient). Et cet organe est contrôlé par ses 5 membres permanents, dont les privilèges découlent d’une victoire militaire datant d’une soixantaine d’années. Tant que le Conseil de sécurité ne sera pas ouvert sur une base démocratique, ses décisions ne pourront être légitimes aux yeux des populations qui en sont exclues et dont les préoccupations peuvent être balayées d’un simple veto. À terme, il s’agit de repenser complètement les fondements de cette institution et même la légitimité de la représentation politique des populations à travers leur État…
Cette question pose aussi celle de la légitimité des acteurs invités lors des rencontres diplomatiques. Les États arabes convoqués se limitent à ceux qui appuient ouvertement Washington et l’ancienne puissance colonisatrice, la France. Quant à l’application concrète du cessez-le-feu récemment décrété (qu’Israël est déjà parvenu à violer quelques jours plus tard), Israël limite la participation des acteurs à ceux avec lesquels il a des liens officiels (l’État hébreu a déjà exclu l’Indonésie et d’autres pays Musulmans qui voulaient contribuer au maintien du cessez-le-feu).
La conduite de la guerre (ou comment détruire autant de vies sans ameuter l’opinion publique)
Ce point sera plus bref puisque plus amplement documenté. Notons simplement que, outre le massacre de populations civiles innocentes, l’enlèvement de députés élus (ceux du Hamas) relève de l’aberration politique pure et simple. Une trentaine à ce jour, dont le vice-premier ministre palestinien. Déjà que refuser la reconnaissance de la démocratie libérale en action, entérinée par des observateurs internationaux, constituait une bourde indéniable de la part de Harper et de quelques autres dirigeants occidentaux, alors l’approbation de captures de députés de la part d’un État colonial nous plonge tout droit dans une logique impérialiste digne du début du 20e siècle. C’est justement dans cette période que la Grande-Bretagne avait préparé le terrain pour le morcellement du monde arabe et pour la création de l’État d’Israël.
Nancy Turgeon, Montréal
Résistance no  36  septembre 2006  www.socialiste.qc.ca