éditorial
La légitimité même de la guerre
et la manière dont elle a été conduite par Israël
sont inacceptables. Les manifestations mondiales de solidarité avec
les peuples libanais et palestinien témoignent de la
conscientisation des gens à ce sujet. Devant l’intransigeance
du premier ministre Harper et le biais des médias occidentaux (qui
révèle la convergence entre l’impérialisme et le
sionisme), il devient impératif de nuancer les propos mille fois
répétés par les interlocuteurs en situation de pouvoir
et d’autorité.
Les motifs de l’agression (ou la lecture
manichéenne du monde)
D’abord, Israël a invoqué le
prétexte de la capture de trois soldats par le Hamas et le Hezbollah
pour déclencher son agression. Il s’agit de souligner (alors
que les médias ont été plutôt discrets sur cette
question) que certains de ces soldats se trouvaient en territoire libanais,
où le Hezbollah tente d’assurer une certaine protection
à la population contre les attaques historiquement
répétées d’Israël. De plus, il s’agit
de soldats, qui mettent leur vie au service de leur État et non
d’attentats à l’encontre de civils (il est vrai que,
compte tenu de l’asymétrie de la guerre entre une puissance
armée par les États-Unis et un mouvement local, le Hezbollah
a pu utiliser de telles méthodes, qu’il importe de
dénoncer, mais en l’occurrence Israël bombarde un pays
entier pour la capture de simples soldats hors de son territoire).
La nature du Hezbollah est aussi sujette à
controverse. Implanté au Liban depuis l’agression
israélienne de 1982, à la fois mouvement communautaire,
politique et militaire, le Hezbollah est vu par les uns (les puissances
occidentales évidemment) comme un groupe terroriste, alors que les
autres (la population locale) le déifie en tant que sauveur et
légitime défenseur de la souveraineté du Liban. Ce ne
sera pas la première fois que la résistance sera vue comme
une offensive terroriste (pensons simplement à la résistance
française contre les nazis ou aux mouvements de
décolonisation) et que les puissants en monopolisent
l’interprétation.
Enfin, Israël évoque le non-respect de la
résolution onusienne (1559) sur le désarmement du Hezbollah
afin de justifier ses attaques. Plusieurs États, dont le nôtre
malheureusement, semblent croire ce motif suffisant pour légitimer
l’offensive armée. Approuvent-ils alors de la même
manière les attentats palestiniens motivés par la rage
d’assister impuissant à une suite ininterrompue de
résolutions de l’ONU tombées dans l’oubli? Les
résolutions à l’encontre de l’occupation
illégale par Israël de territoires palestiniens ou celle plus
récente qui dénonce l’érection du mur
seraient-elles moins importantes que les résolutions favorables
à Israël?
Nous touchons ici à un autre point litigieux,
et dont le règlement est loin d’être imminent. Quelle
est la légitimité des positions de l’ONU pour des
peuples dont la voix compte moins que celles de certains au sein de cette
institution? En effet, c’est le Conseil de sécurité qui
prend seul les décisions à caractère militaire (et
donc efficient). Et cet organe est contrôlé par ses 5 membres
permanents, dont les privilèges découlent d’une
victoire militaire datant d’une soixantaine d’années.
Tant que le Conseil de sécurité ne sera pas ouvert sur une
base démocratique, ses décisions ne pourront être
légitimes aux yeux des populations qui en sont exclues et dont les
préoccupations peuvent être balayées d’un simple
veto. À terme, il s’agit de repenser complètement les
fondements de cette institution et même la légitimité
de la représentation politique des populations à travers leur
État…
Cette question pose aussi celle de la
légitimité des acteurs invités lors des rencontres
diplomatiques. Les États arabes convoqués se limitent
à ceux qui appuient ouvertement Washington et l’ancienne
puissance colonisatrice, la France. Quant à l’application
concrète du cessez-le-feu récemment
décrété (qu’Israël est déjà
parvenu à violer quelques jours plus tard), Israël limite la
participation des acteurs à ceux avec lesquels il a des liens
officiels (l’État hébreu a déjà exclu
l’Indonésie et d’autres pays Musulmans qui voulaient
contribuer au maintien du cessez-le-feu).
La conduite de la guerre (ou comment détruire
autant de vies sans ameuter l’opinion publique)
Ce point sera plus bref puisque plus amplement
documenté. Notons simplement que, outre le massacre de populations
civiles innocentes, l’enlèvement de députés
élus (ceux du Hamas) relève de l’aberration politique
pure et simple. Une trentaine à ce jour, dont le vice-premier
ministre palestinien. Déjà que refuser la reconnaissance de
la démocratie libérale en action, entérinée par
des observateurs internationaux, constituait une bourde indéniable
de la part de Harper et de quelques autres dirigeants occidentaux, alors
l’approbation de captures de députés de la part
d’un État colonial nous plonge tout droit dans une logique
impérialiste digne du début du 20e siècle. C’est
justement dans cette période que la Grande-Bretagne avait
préparé le terrain pour le morcellement du monde arabe et
pour la création de l’État d’Israël.
Nancy Turgeon, Montréal