Élections québécoises et
Québec solidaire
Briser le consensus néolibéral
Les prochaines élections
générales au Québec sont pour bientôt. La
tendance à la hausse du taux de satisfaction envers le gouvernement
Charest et des intentions de vote pour le PLQ alimentent les rumeurs
d’élection automnale. Au plus tard, la loi exige que de telles
élections se fassent au printemps 2008. Mais peu importe la date, ce
qui marquera cette élection sera l’entrée en
scène de Québec solidaire, le nouveau parti unifié de
la gauche.
Déjà, les maisons de sondage ont pris
acte de la naissance du nouveau parti, dont le membership est
déjà plus important que celui de l’ADQ ou du Parti
Vert, en ajoutant l’option Québec solidaire à leurs
questions. Depuis sa fondation en février, le parti aurait
l’appui d’entre 5% et 10% de l’électorat, ce qui
représenterait entre 200 000 et 400 000 votes dans une
élection générale. En comparaison, l’Union des
forces progressistes (UFP) avait obtenu une moyenne de 2% des votes dans
les comtés où elle présentait des candidatures aux
élections de 2003, et un gros total d’environ 40 000.
Les élections partielles dans Taillon et
Pointe-aux-Trembles ont démontré cette tendance de fond avec
les résultats de 7% et 8%, obtenus malgré la
difficulté de mobiliser les membres et de faire campagne en plein
été, ainsi que le niveau d’organisation minimale dans
ces circonscriptions.
L’élection partielle dans
Sainte-Marie-Saint-Jaques au printemps avait montré de son
côté ce qui est envisageable dans des comtés et des
circonstances plus favorables. À cette occasion, Manon Massé,
une militante du mouvement communautaire crédible, mais peu connue
en dehors de son milieu, avait obtenu 22% dans un bastion péquiste.
On peut s’attendre à ce que des personnalités comme les
porte-parole Amir Khadir et Françoise David, fassent encore mieux.
Il n’est donc pas exagéré
d’espérer (comme le fait le Comité de coordination
national de Québec solidaire dans son document de stratégie
électorale) l’élection de députés aux
prochaines élections. Une telle réussite sonnerait
probablement le glas d’une Action Démocratique à bout
de souffle et lourdement endettée. Québec solidaire
accéderait alors au statut de troisième parti des sa
première élection.
La stratégie proposée par la direction
de Québec solidaire inclut l’objectif de présenter des
candidatures dans le plus de comtés possible, ce qui est une
excellente nouvelle. Par contre, le rejet des ententes de partage des
comtés avec le PQ ou les Verts n’est pas
présenté comme une opposition de principe à un pacte
électoral avec des partis de droite, mais comme le résultat
de l’entêtement des deux alliés potentiels à ne
pas discuter avec le parti de gauche. Il faudra donc rester sur nos gardes
et continuer à argumenter pour une politique de classe, au contenu
anti-capitaliste et anti-impérialiste, dans les débats
internes du parti au cours des prochaines années. Les dangers
d’une ouverture aux alliances avec des partis
néolibéraux sont très clairs quand on observe les
exemples du PT brésilien (décrit dans le numéro 34 de
Résistance!) et celui de Rifundazione en Italie (voir
l’article de Joel Harden, ci-contre).
Ce qui donne tout son sens à la
démarche d’unification qui a donné naissance à
Québec solidaire est qu’elle représente le pendant
électoral des mouvements altermondialistes et anti-guerre qui se
sont développés depuis quelques années à
travers le monde. Plus que la rupture organisationnelle avec le PQ, qui
hégémonisait le flanc gauche de l’échiquier
politique depuis 35 ans, c’est la rupture avec les politiques
néolibérales qui doit être au cœur du
développement du nouveau parti. Autrement, on risque de retomber
dans l’orbite du PQ et de servir de caution de gauche pour une
politique capitaliste.
Les débats qui ont animé les 14
commissions thématiques et qui occuperont l’ensemble du parti
en prévision du congrès d’orientation de novembre
seront très importants à cet égard. La pratique du
parti, notamment sa capacité à se mobiliser en lien avec les
mouvements sociaux, comme pour la journée d’action contre la
guerre en Afghanistan du 28 octobre, sera tout aussi importante. Et dans la
vie du parti, l’existence des collectifs, et en particulier de
groupes militants révolutionnaires comme Socialisme International,
pourra avoir un impact significatif sur la suite des choses, en autant que
nous gardions en tête que le rôle de Québec solidaire
n’est pas de rassembler la gauche révolutionnaire mais
plutôt d’offrir une alternative politique face aux partis
néolibéraux, en incluant les réformistes
sincères qui croient encore qu’un autre capitalisme est
possible.
Le succès de Québec solidaire au cours
des prochaines élections serait une bonne nouvelle pour tous les
mouvements sociaux car il représenterait une brèche dans
l’édifice du faux consensus construit durant les années
1980 autour des dogmes du néolibéralisme. Il devrait en
résulter une plus grande confiance de la population quant à
sa capacité à refuser les politiques mises de l’avant
par le patronat et ses partis. C’est pour cette raison que toute la
gauche devrait participer à la campagne électorale de
Québec solidaire. L’élection ou non de
députés, comme les résultats en nombre de vote, ne
seront que les symptômes plus ou moins fidèles de ce qui se
passe dans la population et dans la rue.
(Lisez d’autres textes de Benoit Renaud
sur son blogue à http://internationaliste.blogue.ca)