Résistance no  36  septembre 2006  www.socialiste.qc.ca

Élections québécoises et Québec solidaire
Briser le consensus néolibéral
Les prochaines élections générales au Québec sont pour bientôt. La tendance à la hausse du taux de satisfaction envers le gouvernement Charest et des intentions de vote pour le PLQ alimentent les rumeurs d’élection automnale. Au plus tard, la loi exige que de telles élections se fassent au printemps 2008. Mais peu importe la date, ce qui marquera cette élection sera l’entrée en scène de Québec solidaire, le nouveau parti unifié de la gauche.
Déjà, les maisons de sondage ont pris acte de la naissance du nouveau parti, dont le membership est déjà plus important que celui de l’ADQ ou du Parti Vert, en ajoutant l’option Québec solidaire à leurs questions. Depuis sa fondation en février, le parti aurait l’appui d’entre 5% et 10% de l’électorat, ce qui représenterait entre 200 000 et 400 000 votes dans une élection générale. En comparaison, l’Union des forces progressistes (UFP) avait obtenu une moyenne de 2% des votes dans les comtés où elle présentait des candidatures aux élections de 2003, et un gros total d’environ 40 000.
Les élections partielles dans Taillon et Pointe-aux-Trembles ont démontré cette tendance de fond avec les résultats de 7% et 8%, obtenus malgré la difficulté de mobiliser les membres et de faire campagne en plein été, ainsi que le niveau d’organisation minimale dans ces circonscriptions.
L’élection partielle dans Sainte-Marie-Saint-Jaques au printemps avait montré de son côté ce qui est envisageable dans des comtés et des circonstances plus favorables. À cette occasion, Manon Massé, une militante du mouvement communautaire crédible, mais peu connue en dehors de son milieu, avait obtenu 22% dans un bastion péquiste. On peut s’attendre à ce que des personnalités comme les porte-parole Amir Khadir et Françoise David, fassent encore mieux.
Il n’est donc pas exagéré d’espérer (comme le fait le Comité de coordination national de Québec solidaire dans son document de stratégie électorale) l’élection de députés aux prochaines élections. Une telle réussite sonnerait probablement le glas d’une Action Démocratique à bout de souffle et lourdement endettée. Québec solidaire accéderait alors au statut de troisième parti des sa première élection.
La stratégie proposée par la direction de Québec solidaire inclut l’objectif de présenter des candidatures dans le plus de comtés possible, ce qui est une excellente nouvelle. Par contre, le rejet des ententes de partage des comtés avec le PQ ou les Verts n’est pas présenté comme une opposition de principe à un pacte électoral avec des partis de droite, mais comme le résultat de l’entêtement des deux alliés potentiels à ne pas discuter avec le parti de gauche. Il faudra donc rester sur nos gardes et continuer à argumenter pour une politique de classe, au contenu anti-capitaliste et anti-impérialiste, dans les débats internes du parti au cours des prochaines années. Les dangers d’une ouverture aux alliances avec des partis néolibéraux sont très clairs quand on observe les exemples du PT brésilien (décrit dans le numéro 34 de Résistance!) et celui de Rifundazione en Italie (voir l’article de Joel Harden, ci-contre).
Ce qui donne tout son sens à la démarche d’unification qui a donné naissance à Québec solidaire est qu’elle représente le pendant électoral des mouvements altermondialistes et anti-guerre qui se sont développés depuis quelques années à travers le monde. Plus que la rupture organisationnelle avec le PQ, qui hégémonisait le flanc gauche de l’échiquier politique depuis 35 ans, c’est la rupture avec les politiques néolibérales qui doit être au cœur du développement du nouveau parti. Autrement, on risque de retomber dans l’orbite du PQ et de servir de caution de gauche pour une politique capitaliste.
Les débats qui ont animé les 14 commissions thématiques et qui occuperont l’ensemble du parti en prévision du congrès d’orientation de novembre seront très importants à cet égard. La pratique du parti, notamment sa capacité à se mobiliser en lien avec les mouvements sociaux, comme pour la journée d’action contre la guerre en Afghanistan du 28 octobre, sera tout aussi importante. Et dans la vie du parti, l’existence des collectifs, et en particulier de groupes militants révolutionnaires comme Socialisme International, pourra avoir un impact significatif sur la suite des choses, en autant que nous gardions en tête que le rôle de Québec solidaire n’est pas de rassembler la gauche révolutionnaire mais plutôt d’offrir une alternative politique face aux partis néolibéraux, en incluant les réformistes sincères qui croient encore qu’un autre capitalisme est possible.
Le succès de Québec solidaire au cours des prochaines élections serait une bonne nouvelle pour tous les mouvements sociaux car il représenterait une brèche dans l’édifice du faux consensus construit durant les années 1980 autour des dogmes du néolibéralisme. Il devrait en résulter une plus grande confiance de la population quant à sa capacité à refuser les politiques mises de l’avant par le patronat et ses partis. C’est pour cette raison que toute la gauche devrait participer à la campagne électorale de Québec solidaire. L’élection ou non de députés, comme les résultats en nombre de vote, ne seront que les symptômes plus ou moins fidèles de ce qui se passe dans la population et dans la rue.
 (Lisez d’autres textes de Benoit Renaud sur son blogue à http://internationaliste.blogue.ca)
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