Nouveaux partis, vieux problèmes :
Leçons de la situation italienne pour
Québec solidaire
«La seule réponse possible face à
l’extrémisme de droite est de fournir une alternative de paix
à la guerre et un nouveau modèle de société au
néolibéralisme.»
-Fausto Bertinotti, Secrétaire national,
Rifundazione Communista. (11 Août 2003)
Dans plusieurs pays, de nouveaux partis de gauche ont
été créés pour faire entendre la voix des
mouvements de la rue. Québec Solidaire (QS), comme le savent les
lecteurs de Résistance!, en fait partie. Le Partido della
Rifundazione Communista (Rifundazione ou PRC) italien fait aussi partie de
ces partis de la rue. En dépit de sa promotion de politiques
explicitement socialistes, il a beaucoup en commun avec QS. Comme celui-ci,
Rifundazione s’inspire des idées de l’altermondialisme,
et a été au cœur des manifestations anti-guerre massives
en Italie. Dans l’éditorial cité plus haut, Fausto
Bertinotti (le principal porte-parole du PRC) affirmait que le
renouvellement de la politique de gauche dépendait du niveau
d’énergie des mouvements altermondialistes.
Des développements récents en Italie,
toutefois, servent d’avertissements quant aux limitations de la
politique électorale, et aux dangers qu’implique le fait
d’envoyer la gauche radicale aux urnes. À l’occasion
d’une session spéciale du Sénat italien, le 27 juillet
2006, des représentants de Rifundazione on voté en faveur du
prolongement de la participation italienne à l’occupation de
l’Afghanistan (avec le Canada dans le contingent de l’OTAN).
Noam Chomsky et Tariq Ali, ainsi que d’autres penseurs de gauche
radicaux, ont écrit des lettres ouvertes dénonçant
cette décision, sans convaincre Rifundazione de changer son
orientation. Auparavant, dans la chambre des députés
italienne, quatre parlementaires avaient voté contre une motion
similaire, alors qu’un cinquième (Paulo Cacciari) abandonna
son siège en guise de protestation. Alors, pourquoi les
altermondialistes italiens voteraient pour la guerre? Alessandro Valera, un
militant de Rifundazione irrité par les critiques gauchistes, a
donné la réponse suivante : «…les dynamiques de
la politique italienne nous rendent conscients que le compromis, la
médiation et le dialogue sont les seules armes que nous
possédons pour combattre la guerre,
l’impérialisme.»
Dans les élections italiennes récentes
(9-10 avril, 2006), Rifundazione a décidé de faire partie
d’une coalition de centre-gauche dirigée par Romano Prodi,
ancien président de la Commission Européenne. Cette
orientation vers la participation à un gouvernement de centre-gauche
aux orientations social libérales avait été chaudement
débattue au congrès du PRC. Une minorité significative
avait proposé plutôt de mener une campagne
indépendante, puis d’accorder un appui strictement
parlementaire et conditionnel à un éventuel gouvernement de
centre-gauche. L’alternative étant une élection
précipitée qui serait presque assurément gagnée
par la droite.
Si cette politique avait été
adoptée, le PRC n’aurait pas été associé
au programme ultra modéré du centre-gauche et aurait fait le
plein des voix altermondialistes et anti-guerre. Il aurait pu sortir de
l’élection avec la balance du pouvoir et un mandat clair de
son électorat. Au lieu de cela, les éluEs de Rifundazione
sont pris au piège d’une coalition gouvernementale dont les
politique sont incompatibles sur plusieurs points avec celles de leur
propre parti.
La coalition de Prodi a amassé un appui
respectable dans la chambre des députés, mais une mince marge
de 1 siège dans les élections pour le Sénat. Avec 41
sièges à la chambre des députés et 27
sièges au Sénat, Rifundazione avait le potentiel
d’influencer considérablement le gouvernement Prodi. Mais
Prodi, avec son expérience dans les gouvernements de coalition, les
attendait de pied ferme. Depuis sa prise du pouvoir, il a testé
Rifundazione six fois en invoquant des «votes de confiance»
pour des articles de législation. Un ultimatum fut
déclaré : appuyez-moi, ou le gouvernement tombera et vous
aurez ravivé le parti de droite sympathisant de Bush de Silvio
Berlusconi, Forza Italia. En fin de compte, ces arguments on forcé
Rifundazione a laisser tomber la cause de l’Afghanistan, à un
coût considérable pour les mouvements pour la justice et la
paix dans le monde. L’Italie est un endroit crucial pour le
militantisme altermondialiste, mais malheureusement Rifundazione se
créé mainteannt une réputation de parti qui appuie la
guerre.
Pour les militants de Québec Solidaire, cet
incident amène des questionnements importants,
particulièrement autour des «alliances progressistes»
avec les péquistes. Est-ce que les partis de gauche peuvent
refléter les mouvements sociaux qu’ils appuient? Est-ce
qu’ils peuvent représenter les aspirations de la politique des
nouveaux mouvements altermondialiste et anti-guerre dans
l’arène électorale et ainsi rejoindre un public plus
large? Ou bien, comme pourraient penser certains, est-ce que les
politiciens sont inévitablement corrompus par l’arène
parlementaire- où les opinions radicales sont
dénaturées jusqu’à devenir des appuis à
la guerre, au néolibéralisme, ou a d’autres choses
auxquelles les militantes et les militants s’opposent?
Clairement, les développements récents
en Italie constituent des leçons éloquentes quant aux partis
de gauche radicaux qui s’allient à d’autres acteurs de
la scène politique conventionnelle. Si la conquête du
«pouvoir» signifie appuyer le militarisme et le
néolibéralisme, les partis de gauche radicaux vont
compromettre la base d’appui dont ils bénéficient.
Cependant, comme l’ont démontré des militants radicaux
ailleurs, il y a une autre possibilité, plus susceptible
d’amener des résultats satisfaisants pour les radicaux
d’aujourd’hui. Elle implique que les porte-parole de cette
nouvelle gauche soient de fidèle représentantEs de nos
mouvements de contestation, et qu’ils et elles utilisent leur
notoriété pour contribuer au développement de ces
mouvements. C’est l’approche qui pourrait leur assurer un
énorme appui au Québec, comme elle l’a fait au
Venezuela, au Portugal, en Grande-Bretagne et en Bolivie, au cours des
dernières années. Étant donné les
événements récents, et avec le temps, nos amis
Italiens vont, espérons-le, arriver à la même
conclusion. Les débats qui ne manqueront pas de traverser
Rifundazione seront donc à suivre de près.
Joel Davison Harden, Wakefield