Résistance no  36  septembre 2006  www.socialiste.qc.ca

L’offensive impérialiste et les origines de la guerre de 2006 au Liban
Les chancelleries occidentales répètent à chaque jour que l’offensive israélienne en cours au Liban et en Palestine est le résultat de provocations de la part du Hezbollah et du Hamas. Autrement dit, on s’entête à affirmer que ce sont les mouvements de résistance qui ont commencé la chicane en attaquant des postes frontaliers israéliens, tuant et capturant quelques soldats. La solution, nous dit-on, est le désarmement de la milice chiite libanaise et des groupes de résistance armés palestiniens. La mort de centaines de civils au Liban et en Palestine, les centaines de milliers de personnes déplacées et la destruction des infrastructures seraient des maux nécessaires pour arriver à cet objectif. L’envoi d’un contingent massif de troupes étrangères dans le sud du Liban, probablement sous le commandement de l’ancienne puissance coloniale, la France, serait aussi nécessaire afin de désarmer le Hezbollah.
On oublie de dire que cette crise, si on veut lui donner un commencement relativement récent, a été déclenchée par la victoire électorale du Hamas lors d’élections exemplaires en janvier de cette année, pour l’assemblée législative de l’Autorité Palestinienne (AP).  À partir de cette date, tous les gouvernements occidentaux se sont mis du côté d’Israël pour boycotter ce nouveau gouvernement élu démocratiquement, ce qui a eu pour effet d’affamer la population des Territoires occupés ainsi que de plonger l’AP au bord de la guerre civile entre le Hamas et le parti du président Abbas, le Fatah. Il s’agissait en fait d’une politique de siège contre une population déjà pauvre et constamment réprimée, afin de la contraindre à changer de gouvernement.
La question qui se pose alors est pourquoi le Hamas - un parti islamiste qui refuse de reconnaître Israël - a gagné. La défaite du Fatah (le parti de Yasser Arafat) représentait l’échec du prétendu processus de paix amorcé avec les négociations de Madrid (1991) puis d’Oslo (1993). En fait, aucun des enjeux incontournables pour la négociation d’une paix durable en Palestine n’avait été réglé durant ces négociations. Il n’y avait même pas d’entente de principe sur l’éventuelle création d’un État palestinien indépendant. Il n’y avait rien sur le statut de Jérusalem, sur le droit au retour des réfugiés ou sur le sort des colonies de peuplement israéliennes en territoire occupé. L’Autorité Palestinienne a donc été, dès le début, une sorte de gouvernement municipal, ou plus précisément, une grosse réserve, comme celles que le Canada avait créés pour les Autochtones, ou comme les Bantoustans dans l’Afrique du Sud de l’Apartheid.
En 2000, après sept ans de ce “processus”, la population des colonies illégales israéliennes en Cisjordanie avait doublé, les points de passages (check points) s’étaient multipliés, et Israël insistait encore dans les négociations pour garder le contrôle des frontières d’un éventuel État Palestinien et pour refuser le retour des réfugiés. C’est l’échec du processus d’Oslo qui a provoqué le second soulèvement palestinien (Intifada) en 2000, mais cette fois avec une présence beaucoup plus importante des groupes islamistes. La première Intifada, à la fin des années 1980, avait poussé Israël à participer aux négociations qui devaient mener à Oslo, à une époque où le Hamas semblait une variable de quantité négligeable.
À la veille du déclenchement des hostilités à Gaza,  les différents mouvements palestiniens étaient sur le point de s’unir autour du “manifeste des prisonniers”. En effet, des dirigeants de toutes les principales organisations palestiniennes (incluant le Fatah et le Hamas), emprisonnés en Israël, s’étaient entendus sur une politique qui permettrait de dénouer l’impasse et de reconstituer l’unité de la résistance. Ce manifeste incluait une reconnaissance implicite d’Israël et le rejet de toute attaque contre la population civile israélienne sur le territoire d’avant 1967, mais aussi une affirmation de la légitimité de la résistance armée dans les territoires occupés à l’encontre des cibles militaires. C’est précisément cette politique qui a été appliquée avec l’attaque contre une position militaire israélienne le 25 juin. Le Hamas et le Hezbollah, ainsi que les populations civiles qui les appuient, n’ont pas subi les foudres d’Israël pour cause de terrorisme, mais bien parce qu’ils avaient adopté une stratégie de guérilla classique permettant d’unifier la population arabe derrière leur lutte.
En ce qui concerne les raisons de la brutalité de l’attaque contre le Liban, il faut remonter au retrait des troupes syriennes l’été dernier. Ce retrait a été le résultat d’une combinaison de facteurs incluant l’occupation états-unienne en Irak, l’assassinat du premier ministre Hariri (un partisan du retrait syrien) et la vague de manifestations de masse qui a suivi.
L’espoir d’Israël et des puissances occidentales était que le retrait de la Syrie conduirait à un affaiblissement du Hezbollah et à l’établissement d’un Liban neutre quand au conflit israélo-palestinien. La réalité est que les manifestations organisées à l’initiative du Hezbollah l’an dernier étaient aussi massives que celles des partisans de Hariri et que le gouvernement qui a finalement été formé à la suite de cette révolution de velours arabe comprend deux ministres du Hezbollah. La politique de ce gouvernement était davantage d’intégrer la milice chiite dans l’armée régulière que de désarmer le groupe qui a gagné une grande crédibilité au-delà de la communauté chiite pour son succès dans la lutte contre l’occupation israélienne du sud du pays, laquelle s’est terminée dans l’humiliation pour Israël en 2000.
Autrement dit, le Hezbollah doit être détruit, selon Tel Aviv, Washington et Ottawa, pas parce qu’il est un petit groupe terroriste parasitant la société libanaise, mais parce qu’il est solidement enraciné dans la société libanaise et, comme le Hamas en Palestine, en voie d’être intégré dans les structures légitimes du pouvoir. Il se trouve que la plupart des pays européens ont toujours refusé de qualifier le Hezbollah de terroriste. Il y a toute une différence entre un mouvement de résistance armée enraciné dans une population occupée et opprimée et un réseau comme Al Quaeda.
Les agressions israéliennes de cet été au Liban et à Gaza sont de même nature que l’invasion et l’occupation illégales de l’Irak par les troupes des États-Unis et de la Grande-Bretagne. En fait, le niveau de mort et de destruction causé par les trois ans et quatre mois d’occupation en Irak est plusieurs fois supérieur à ce que Israël a fait. La mission militaire canadienne en Afghanistan, malgré toute sa rhétorique humanitaire et démocratique, constitue un aspect de cette grande opération colonialiste qui se présente comme une guerre contre le terrorisme.
Pour une paix durable dans cette région du monde, il faut régler la question de la Palestine, qui provoque guerre après guerre et une misère sans nom pour les principaux intéressés depuis la création d’Israël en 1948. Et pour ce faire, on doit rejeter le sionisme dans son ensemble. L’idée que la Palestine était « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » était un mensonge colonialiste de la pire espèce. Le projet d’un état « essentiellement juif » sur cette terre arabe depuis le 8e siècle n’est réalisable que par le nettoyage ethnique de millions de Palestiniens ou par le maintien de leur oppression dans les grandes prisons à ciel ouvert que sont devenus les 10% du territoire de la Palestine d’avant 1948 où on leur permet de vivre. Le peuple palestinien n’acceptera jamais l’une ou l’autre de ces solutions. Les dangereux terroristes qui tentent d’imposer leur idéologie intolérante dans la région sont les sionistes, armés jusqu’aux dents par les États-Unis à raison de 3 milliards$ par année. Il faut revenir au projet d’origine de l’OLP, celui d’une Palestine unie et démocratique, où Juifs et Arabes, Chrétiens et Musulmans, puissent vivre ensemble.
Benoit Renaud, Gatineau
Résistance no  36  septembre 2006  www.socialiste.qc.ca