Résistance no  36  septembre 2006  www.socialiste.qc.ca

La gauche, le Hezbollah et le Hamas
APPUYEZ LA RÉSISTANCE!
Avec l’escalade récente du conflit au Proche-Orient apparaissent toutes sortes de débats sur les parties en cause, et ces débats sèment souvent la confusion sur les évènements. La façon dont le Hezbollah et le Hamas sont dépeints par les médias de masse et les gouvernements en faveur d’Israël en est un bon exemple. Les deux sont étiquetés en tant qu’organisations « terroristes » et se trouvent sur la liste officielle des groupes terroristes du gouvernement du Canada.
Ceci a été utilisé par le gouvernement du Canada pour justifier la décision de supprimer toute aide financière canadienne à l’autorité palestinienne à la suite de l’élection libre et démocratique du Hamas, en janvier 2006. Une telle décision n’est qu’une manifestation d’hypocrisie pure, venant du gouvernement Harper qui ne détient que la moitié de la légitimité accordée à travers le mandat électoral au Hamas.
Mais le débat quant à la nature du Hezbollah et du Hamas existe aussi au sein du mouvement anti-guerre. Plusieurs militants sont réticents à appuyer ces deux organisations parce qu’elles sont islamiques. D’autres prétendent qu’il y a beaucoup trop de points de divergence entre les socialistes et les musulmans pour qu’il y ait quelque alliance que ce soit.
Pourtant, là n’est pas la question. Le Hezbollah et le Hamas - malgré les critiques que l’on puisse leur faire - sont des organisations de résistance énormément populaires, qui sont nées en réponse à des décennies d’occupation israélienne brutale. En tant qu’anti-impérialistes, les socialistes de l’Occident devraient démontrer un soutien inconditionnel pour le Hezbollah et le Hamas dans leurs luttes contre l’occupation Israélienne. Nous devons nous rappeler que ce n’est pas aux militants Occidentaux de déterminer comment les Libanais et les Palestiniens devraient résister à l’impérialisme : c’est une décision qu’ils doivent prendre eux-même. Nous devrions être inconditionnellement solidaires avec eux.
Ceci dit, la solidarité inconditionnelle ne veut pas dire s’abstenir de toute critique. Nous pouvons appuyer un combat contre l’impérialisme même si nous sommes en désaccord avec les moyens utilisés. Et nous n’avons pas à adhérer aux programmes politiques et aux idéologies de ces groupes. Nos principes socialistes n’en sont pas affectés. Plus nous appuierons les luttes contre l’impérialisme, plus de nouveaux espaces politiques pour mener ces combats apparaîtront. Plus les mouvements de solidarité seront importants et profonds, plus nos mouvements en Occident et aux Proche-Orient se rapprocheront. En voyant l’ampleur du mouvement anti-guerre mondial qui a culminé en 2003, des milliers de militants du monde arabe ont été très inspirés par ces gestes de solidarité venant de l’extérieur. La conséquence a été une recherche d’unité des mouvements locaux qui a rapproché des islamistes et des communistes, des nationalistes pan-arabes avec des démocrates, et ainsi de suite. Ces groupes cherchent à unir leurs efforts vers des objectifs communs.
Dans le Hezbollah, par exemple, il y a eu un changement évident dans son attitude par rapport au reste du monde à la suite de la plus grosse manifestation internationale de l’histoire du monde le 15 février 2003. Avant le 15 février, les dirigeants du Hezbollah étaient plus sectaires et rejetaient souvent la solidarité internationale. Après le 15 février, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah annonçait que son groupe avait fait une erreur en appelant l’invasion de l’Iraq une « croisade de l’Occident ». Nasrallah insistait sur la différence entre la grande majorité des populations occidentales qui avaient marchées par millions contre la guerre et les gouvernements impérialistes qui les avaient amenées en guerre pour leurs propres intérêts.
Peu après, la télévision Al-Manar, un diffuseur pro-Hezbollah, commença à passer des documentaires sur les luttes sociales en Occident, de Che Guevara aux mouvements autochtones américains, en passant par les Black Panthers et les luttes pour les droits civiques. De plus, plusieurs Musulmans ont commencé à s’identifier à la résistance au néolibéralisme et à l’impérialisme en Amérique latine, un intérêt plus fort que jamais actuellement.
Aucun mouvement de résistance n’est parfait. Souvent, il n’y a pas de dirigeants qui peuvent unir les différentes composantes de la lutte en un mouvement national. Mais les socialistes ne doivent pas hésiter à appuyer ces mouvements contre l’impérialisme et doivent trouver un moyen de faire ressentir leur solidarité. Celle-ci aide à unifier les mouvements localement et internationalement, pour qu’ils gagnent en influence et en pouvoir. Si on attend que les mouvements de résistance adoptent complètement notre idéologie socialiste, nous n’en finirons plus d’attendre, et notre sectarisme tuera toute possibilité de changement social. Appuyons la résistance! De plus, ne nous gênons pas pour clamer haut et fort : L’Islam n’est pas l’ennemi, la guerre n’est pas la solution!
(traduction d’un article paru dans Socialist Worker en juillet 2006, traduit par Pascal McDougall, Gatineau)
Résistance no  36  septembre 2006  www.socialiste.qc.ca