La gauche, le Hezbollah et le Hamas
APPUYEZ LA RÉSISTANCE!
Avec l’escalade récente du conflit au
Proche-Orient apparaissent toutes sortes de débats sur les parties
en cause, et ces débats sèment souvent la confusion sur les
évènements. La façon dont le Hezbollah et le Hamas
sont dépeints par les médias de masse et les gouvernements en
faveur d’Israël en est un bon exemple. Les deux sont
étiquetés en tant qu’organisations « terroristes
» et se trouvent sur la liste officielle des groupes terroristes du
gouvernement du Canada.
Ceci a été utilisé par le
gouvernement du Canada pour justifier la décision de supprimer toute
aide financière canadienne à l’autorité
palestinienne à la suite de l’élection libre et
démocratique du Hamas, en janvier 2006. Une telle décision
n’est qu’une manifestation d’hypocrisie pure, venant du
gouvernement Harper qui ne détient que la moitié de la
légitimité accordée à travers le mandat
électoral au Hamas.
Mais le débat quant à la nature du
Hezbollah et du Hamas existe aussi au sein du mouvement anti-guerre.
Plusieurs militants sont réticents à appuyer ces deux
organisations parce qu’elles sont islamiques. D’autres
prétendent qu’il y a beaucoup trop de points de divergence
entre les socialistes et les musulmans pour qu’il y ait quelque
alliance que ce soit.
Pourtant, là n’est pas la question. Le
Hezbollah et le Hamas - malgré les critiques que l’on puisse
leur faire - sont des organisations de résistance
énormément populaires, qui sont nées en réponse
à des décennies d’occupation israélienne
brutale. En tant qu’anti-impérialistes, les socialistes de
l’Occident devraient démontrer un soutien inconditionnel pour
le Hezbollah et le Hamas dans leurs luttes contre l’occupation
Israélienne. Nous devons nous rappeler que ce n’est pas aux
militants Occidentaux de déterminer comment les Libanais et les
Palestiniens devraient résister à l’impérialisme
: c’est une décision qu’ils doivent prendre
eux-même. Nous devrions être inconditionnellement solidaires
avec eux.
Ceci dit, la solidarité inconditionnelle ne
veut pas dire s’abstenir de toute critique. Nous pouvons appuyer un
combat contre l’impérialisme même si nous sommes en
désaccord avec les moyens utilisés. Et nous n’avons pas
à adhérer aux programmes politiques et aux idéologies
de ces groupes. Nos principes socialistes n’en sont pas
affectés. Plus nous appuierons les luttes contre
l’impérialisme, plus de nouveaux espaces politiques pour mener
ces combats apparaîtront. Plus les mouvements de solidarité
seront importants et profonds, plus nos mouvements en Occident et aux
Proche-Orient se rapprocheront. En voyant l’ampleur du mouvement
anti-guerre mondial qui a culminé en 2003, des milliers de militants
du monde arabe ont été très inspirés par ces
gestes de solidarité venant de l’extérieur. La
conséquence a été une recherche d’unité
des mouvements locaux qui a rapproché des islamistes et des
communistes, des nationalistes pan-arabes avec des démocrates, et
ainsi de suite. Ces groupes cherchent à unir leurs efforts vers des
objectifs communs.
Dans le Hezbollah, par exemple, il y a eu un
changement évident dans son attitude par rapport au reste du monde
à la suite de la plus grosse manifestation internationale de
l’histoire du monde le 15 février 2003. Avant le 15
février, les dirigeants du Hezbollah étaient plus sectaires
et rejetaient souvent la solidarité internationale. Après le
15 février, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah annonçait
que son groupe avait fait une erreur en appelant l’invasion de
l’Iraq une « croisade de l’Occident ». Nasrallah
insistait sur la différence entre la grande majorité des
populations occidentales qui avaient marchées par millions contre la
guerre et les gouvernements impérialistes qui les avaient
amenées en guerre pour leurs propres intérêts.
Peu après, la télévision
Al-Manar, un diffuseur pro-Hezbollah, commença à passer des
documentaires sur les luttes sociales en Occident, de Che Guevara aux
mouvements autochtones américains, en passant par les Black Panthers
et les luttes pour les droits civiques. De plus, plusieurs Musulmans ont
commencé à s’identifier à la résistance
au néolibéralisme et à l’impérialisme en
Amérique latine, un intérêt plus fort que jamais
actuellement.
Aucun mouvement de résistance n’est
parfait. Souvent, il n’y a pas de dirigeants qui peuvent unir les
différentes composantes de la lutte en un mouvement national. Mais
les socialistes ne doivent pas hésiter à appuyer ces
mouvements contre l’impérialisme et doivent trouver un moyen
de faire ressentir leur solidarité. Celle-ci aide à unifier
les mouvements localement et internationalement, pour qu’ils gagnent
en influence et en pouvoir. Si on attend que les mouvements de
résistance adoptent complètement notre idéologie
socialiste, nous n’en finirons plus d’attendre, et notre
sectarisme tuera toute possibilité de changement social. Appuyons la
résistance! De plus, ne nous gênons pas pour clamer haut et
fort : L’Islam n’est pas l’ennemi, la guerre n’est
pas la solution!
(traduction d’un article paru dans Socialist
Worker en juillet 2006, traduit par Pascal McDougall, Gatineau)