Fiche d'informations : Solutions de rechange à l'incarcération
- Selon le Centre canadien de la statistique juridique (1992-1993), le
taux d'emprisonnement au Canada est de 154 par 100 000 adultes et de 223
par 100 000 jeunes; nous nous classons au deuxième rang, après
les États-Unis, au chapitre du taux d'incarcération dans le
monde industrialisé
- Selon les Services correctionnels (1993), les femmes comptent pour 2,2
% de la population purgeant une peine fédérale, au Canada
- Selon les Services correctionnels (1993), le coût annuel d'incarcération
pour chacune des femmes purgeant une peine fédérale à
la Prison pour femmes est d'environ 92 000 $, soit quatre fois plus que
le revenu annuel moyen d'une femme
- Les prisons canadiennes nous coûtent entre 1,5 et 2 milliards
de dollars, par année, en frais d'entretien
- Les autochtones se retrouvent probablement 6 fois plus souvent en prison
que la majorité de la population canadienne non autochtone
- Même si les femmes autochtones ne sont que 3 % de la population
canadienne, elles représentent environ 17 % des femmes purgeant une
peine fédérale
- Deux tiers des femmes emprisonnées à la Prison pour femmes
ont des enfants; la plupart d'entre elles était le principal, sinon
le seul, soutien de famille avant d'être emprisonnées; trop
de ces enfants finissent également sous l'aile de l'état à
la suite de l'emprisonnement de leurs mères
- Selon le Conseil national du bien-être social de 1993, la proportion
d'enfants moins nantis vivant avec des mères célibataires
est considérablement à la hausse au cours des dernières
années : 33 % en 1980 comparativement à 42 % en 1993
- Les tendances actuelles au regard des actes criminels qui visent à
augmenter le nombre d'interdits et à punir toujours plus sévèrement
accroît la nature et la durée de l'emprisonnement au Canada
- L'effilochement des programmes sociaux et, par conséquent, des
services d'aide fondamentaux à l'intention des Canadiennes, allié
à l'augmentation du nombre de pénalités et d'emprisonnement
n'assurent pas sécurité ou égalité aux femmes
et aux enfants canadiens; le taux de criminalité n'a pas diminué
- par contre, l'insécurité publique et les craintes connexes
ainsi que les préoccupations au chapitre de la sécurité
ont augmenté
- L'incarcération est dispendieuse : l'emprisonnement coûte
de 80 $ à 200 $ par jour par prisonnière, tandis que le coût
de solutions de rechange comme la liberté conditionnelle, la mise
en liberté sous caution et le travail communautaire supervisé
est de 5 $ à 20 $ par jour
- Notre appareil judiciaire en est un de représailles : on cherche
de plus en plus à blâmer quelqu'un puis à punir cette
personne pour avoir enfreint la loi; on ne consacre que peu d'efforts à
identifier, encore moins à répondre aux besoins et/ou aux
pertes des « victimes », des « contrevenants » ou de
la communauté
- Le taux de récidivisme chez les femmes purgeant une peine fédérale
est d'environ 20 %, dont 10 % seulement reflète de nouveaux délits
criminels; quant aux autres 10 %, il s'agit de violations administratives
ou de conditions de libération dans la communauté
- La plupart des femmes emprisonnées ne représentent que
peu de risques sur le plan de la sécurité communautaire
- L'incarcération, en particulier les longues peines, ne dissuade
pas les prisonniers, pas plus qu'elle ne les réhabilite
- Plus souvent qu'autrement, les occasions d'imputabilité des délits
commis sont plus susceptibles de surgir dans des établissements communautaires
et orientés vers le client
- 75 % des femmes à la Prison pour femmes ont reçu une éducation
de base (niveau collégial) ou en-deçà; 40 % sont analphabètes
fonctionnelles
- Comparativement aux programmes dispensés aux prisonniers, les
prisonnières sont plus limitées en termes d'accès à
l'éducation de niveau universitaire, ainsi qu'aux programmes de formation
professionnelle dont le but est le développement de compétences
recherchées par le marché
- 43 % des femmes purgeant une peine fédérale souffrent
d'abus de substances ou d'accoutumance; 69 % ont déclaré que
la drogue et/ou l'alcool avait joué un rôle considérable
dans leur délit et/ou leur antécédent criminel
- 82 % des femmes purgeant une peine fédérale et 72 % des
femmes purgeant une peine provinciale ont été victimes d'abus
physiques et/ou sexuels
- Seules deux prisons pour femmes au Canada dispensent des programmes
à l'intention des survivantes d'abus sexuel/d'inceste; en prison,
l'appui et les services thérapeutiques ainsi que les programmes destinés
aux femmes qui ont été victimes de violence sont insuffisants,
sans mentionner qu'ils ne conviennent pas à leur culture; les prisons
ne contribuent en rien à la guérison des femmes autochtones
- En 1991, 60,2 % des délits commis par les femmes incarcérées
à la Prison pour femmes (sécurité maximale) étaient
des actes non violents, des délits matériels ou ayant trait
à la drogue; 41 % des femmes à la Prison pour femmes en sont
à leur premier délit et la moitié d'entre elles n'ont
jamais été incarcérées auparavant
- En 1993, les femmes commettaient environ 11 % des crimes violents au
Canada dont 62 % d'agressions modérées ou de voies de fait
- Il est très rare que les femmes commettent des actes violents
rapaces; lorsqu'elles le font, c'est la plupart du temps, pour réagir
ou pour se défendre. Cela dépend, généralement,
de la situation qu'elles vivent plutôt que du caractère individuel
de ces femmes
- La réaction commune aux impulsions émotionnelles des femmes,
en particulier les taillades, a été de recourir à l'isolement
cellulaire, qui consiste à isoler les femmes de la population générale,
à les priver de leurs effets personnels et à les mettre sous
les verrous dans leurs cellules, 23 heures par jour; les femmes suicidaires
sont également privées de vêtements et de draps
- D'autres punitions vont d'enfermer l'ensemble de l'institution (les
prisonnières sont mises sous les verrous dans leur cellule et n'ont
pas le droit d'aller et venir) à l'annulation des rares visites que
reçoivent les femmes (bon nombre d'entre elles ont été
arrachées à leur communauté, les visites sont donc
plutôt rares)
- Principalement lors de moment de grand stress, les prisonnières
se blessent volontairement, en particulier des taillades; les taillades
et autres blessures qu'elles s'infligent sont habituellement interprétées
comme une façon de se libérer de la détresse de l'abus
sexuel dont elles ont été victimes lorsqu'elles étaient
enfants
- 59 % des femmes à la Prison pour femmes se blessent volontairement;
les femmes ont plutôt tendance à mentionner ce comportement
de moins en moins, de peur de représailles ou d'isolement cellulaire
- De décembre 1988 au printemps de 1992, 7 femmes se sont suicidées
à la Prison pour femmes; 6 d'entre elles étaient des autochtones;
la septième était la première femme dite dangereuse
et condamnée à une sentence indéterminée [en
novembre 1994, c'est une femme âgée de 21 ans qui devint la
deuxième femme dite dangereuse]
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